Et si Léo nous racontait Ferré...
A l'occasion des 110 ans de Léo Ferré, l'émission Le Ferré Club vous propose un numéro hors-série tout à fait particulier. En appui sur le formidable fonds d'archives constitué par Chris et Sylvie, animatrices du site leo-ferre.eu, différents extraits d'interviews articulés les uns avec les autres, et c'est un peu comme si Léo nous narrait sa vie, du 24 août 1916 à l'An Dix-Mille... Dix heures de programme à savourer sans modération, pour vous, pour elle !
1916 - 1935, L'Enfance :
Avec des extraits des émissions suivantes : RADIO PSYCHOSE, Europe 1, 1969 - Magazine SONORAMA n° 36, janvier 1962 - LE TRIBUNAL DES FLAGRANTS DELIRES, France-Inter, 24 décembre 1980 - DE FACE ET DE PROFIL, Belgique, juin 1975 - RADIOSCOPIE, France Inter, 1er mai 1980 - LE GRAND ECHIQUIER, Antenne 2, 26 juin 1975 - Documentaire LÉO FERRÉ D’OÙ VIENS-TU, juin 1970 - TAPIS ROUGE, Canada, 30 mars 1986 - LES MERCREDIS D’AUJOURD’HUI MADAME, Antenne 2, 14 mai 1980 - ALLO MACHA, France-Inter, octobre 1984 - Interview à RADIO GRENOUILLE avec Richard Martin, 1986 - Portrait, interview de Henry Lemaire, RTBF, 1972 - Documentaire L’AMOUR N’A PAS D’AGE, RTBF, février 1979 - LA MEMOIRE COURTE, Europe 1, octobre 1971 - LE VIOLON ET LE ROSSIGNOL, radio suisse, 8 février 1980 - Interview pour EUROPE 1, 1980 - PROFILS, France Culture, 4 janvier 1971 - FERRÉ 84, entretien avec Pierre Bouteiller, FR3, août 1984 - LE SEL DE LA SEMAINE, Radio-Canada, 5 février 1970 - RADIOSCOPIE, France Inter, 3 novembre 1975 - RADIOSCOPIE, France Inter, 8 janvier 1969 - Interview pour BONHEUR FM, 1987 - MARGINAL, Jean-Pierre Chabrol, Antenne 2, 27 octobre 1975 - LE ROMAN DES VEDETTES, Europe 1, janvier 1961 - A LA FOLIE PAS DU TOUT, TF1, 15 février 1987
Chansons : L'Enfance - La Musique (poème de Charles Baudelaire) - La Vieille pèlerine - Quand j'étais môme - Ludwig van Beethoven, Symphonie N° 5 (1er mouv., extrait ; Orchestre Les Dissonances) - Vingt ans
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1936 - 1949, Arrivées à Paris :
Avec des extraits des émissions suivantes : LE ROMAN DES VEDETTES, Europe 1, janvier 1961 - Interview pour EUROPE 1, 1980 - LA MEMOIRE COURTE, Europe 1, octobre 1971 - MARGINAL, Jean-Pierre Chabrol, Antenne 2, 27 octobre 1975 - UNE NUIT AVEC LEO FERRE, France Culture, 1er janvier 1988 - CAMPUS, Europe 1, octobre 69 - Interview pour RADIO BLEUE, 1991 - LE SEL DE LA SEMAINE, Radio-Canada, 5 février 1970 - SPECTACLE PREMIERE, RTS, 28 janvier 1980 - LES DOSSIERS DE L’ECRAN (en présence de E. Barclay et B. Coquatrix), ORTF, 5 décembre 1972 - PROFILS, France Culture, 4 janvier 1971 - LE GRAND ECHIQUIER, Antenne 2, 26 juin 1975
Chansons : L'Inconnue de Londres - Le Temps des roses rouges - A saint-Germain des Prés - La Chambre (paroles de René Baer) - Le Bateau espagnol (version 1969)
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1950 - 1959, Les années Odéon :
Avec des extraits des émissions suivantes : RENDEZ-VOUS AVEC LEO FERRE, ORTF, 19 mai 1956 - CAMPUS, Europe 1, octobre 69 - RENDEZ-VOUS AVEC LEO FERRE, ORTF, 19 mai 1956 - Interview à une radio de NANCY, décembre 1984 - TOUTE LA CHANSON, 5 juin 1961 - MIDI PREMIERE, 1er avril 1977 - MARGINAL, Jean-Pierre Chabrol, Antenne 2, 27 octobre 1975 - UNE NUIT AVEC LEO FERRE, France Culture, 1er janvier 1988 - PROFILS, France Culture, 4 janvier 1971 - RADIOSCOPIE, France Inter, 3 novembre 1975 - Interview pour RADIO BLEUE, 1991 - LA MEMOIRE COURTE, Europe 1, octobre 1971 - Interview pour la RTBF, juin 1975 - FERRÉ 84, entretien avec Pierre Bouteiller, FR3, août 1984 - EN FRANÇAIS DANS LE TEXTE, ORTF, 16 juin 1960 - Magazine SONORAMA n° 28, mars 1961
Chansons : Ça t'va - De sacs et de cordes (Pour soulever le toit... + Petit soldat) - Monsieur William (version Le Chant Du Monde) - Paris Canaille - La Chanson du Mal-Aimé (poème de Guillaume Apollinaire ; extraits) - Graine d'ananar (Olympia 1955) - Préface (Olympia 1972) - Le Léthé (poème de Charles Baudelaire) - Jolie Môme
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1960 - 1967, Les premières années Barclay :
Avec des extraits des émissions suivantes : CAMPUS, Europe 1, octobre 69 - LE ROMAN DES VEDETTES, Europe 1, janvier 1961 - Magazine SONORAMA n° 28, mars 1961 - DISCORAMA, ORTF, 27 janvier 1961 - RADIOSCOPIE, France Inter, 8 janvier 1969 - Interview pour RMC, 7 décembre 1991 - 5 COLONNES A LA UNE, ORTF, 3 mars 1961 - Magazine SONORAMA n° 29, avril 1961 - POP CLUB, France Inter, 1980 - AUJOURD’HUI MADAME, ORTF, 29 novembre 1973 - DECOUVERTES, Europe 1, 8 octobre 1984 - D’HIER ET D’AJOURD’HUI, ORTF, 1er septembre 1974 - POLLEN, France Inter, 24 avril 1987 - LORRAINE SOIR, ORTF, 8 décembre 1964 - JT 20H, ORTF, 21 mars 1965 - DISCORAMA, ORTF, 10 mars 1965 - PICARDIE ACTUALITES, ORTF, 4 décembre 1967 - PANORAMA, ORTF, 22 avril 1966 - Interview à Marseille au THEATRE DU GYMNASE, novembre 1965 - DISCORAMA, ORTF, 22 octobre 1967 - JT 20H, ORTF, 16 septembre 1967 - RADIOSCOPIE, France Inter, 8 janvier 1969
Chansons : L'Étrangère (d'après le poème "Après l'amour" de Louis Aragon ; Vieux-Colombier, 27 janvier 1961) - Est-ce ainsi que les hommes vivent ? (d'après le poème "Bierstube magie allemande" de Louis Aragon ; Alhambra, 1961) - Merde à Vauban (paroles de Pierre Seghers) - Miss Gueguerre - Les Poètes de sept ans (poème d'Arthur Rimbaud) - Les Chéris (Alhambra, novembre 1961) - A une chanteuse morte - Spleen (poème de Charles Baudelaire)
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1968 - 1970, Décollierisation :
Avec des extraits des émissions suivantes : Documentaire L’HOMME EN QUESTION, FR3, 19 juin 1977 - MARGINAL, Jean-Pierre Chabrol, Antenne 2, 27 octobre 1975 - LE SEL DE LA SEMAINE, Radio-Canada, 5 février 1970 - CAMPUS, Europe 1, octobre 69 - RADIOSCOPIE, France Inter, 8 janvier 1969 - Portrait, interview de Henry Lemaire, RTBF, 1972 - VEDETTE ET SON PUBLIC, ORTF, 9 septembre 1969 - ALLO MACHA, France-Inter, octobre 1984 - JT NUIT, ORTF, 7 janvier 1970 - 24H SUR LA 2, ORTF, janvier 1970 - UNE NUIT AVEC LEO FERRE, France Culture, 1er janvier 1988 - FERRÉ 84, entretien avec Pierre Bouteiller, FR3, août 1984 - 30 DIMANCHE, Radio Canada, 15 octobre 1972 - POST SCRIPTUM (Michel Polac), ORTF, 28 octobre 1970 - PROFILS, France Culture, 4 janvier 1971 - Sur la route de MONTREAL à ROUYN, Radio Canada, 5 octobre 1990 - LA BONNE MEMOIRE, France Inter, 1984
Chansons : L'Été 68 - Comme une fille (Bobino 1969) - Pépée - C'est extra - Le Chien - Poète... vos papiers ! - La Mémoire et la mer
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1971 - 1974, La Solitude :
Avec des extraits des émissions suivantes : A BOUT PORTANT, ORTF, 8 octobre 1971 - Interview (?), 1972 - CARRE BLEU, Europe 1, 1972 - Interview pour la RTBF, juin 1975 - LA MEMOIRE COURTE, Europe 1, octobre 1971 - Portrait, interview de Henry Lemaire, RTBF, 1972 - 30 DIMANCHE, Radio Canada, 15 octobre 1972 - DE FACE ET DE PROFIL, Belgique, juin 1975 - MIDI VARIETES, ORTF, juin 1971 - SAMEDI LOISIR, ORTF, 25 novembre 1972 - MIDI TRENTE, ORTF, 31 octobre 1972 - POLLEN, France Inter, 23 avril 1987 - A CŒUR ET A KRISS, France Inter, 1980 - POP CLUB, France Inter, février 1980 - JT 13H, ORTF, 27 novembre 1973 - Enregistrement ET BASTA, novembre 1973 - DE FACE ET DE PROFIL, Belgique, juin 1975 - AUJOURD’HUI MADAME, ORTF, 29 novembre 1973 - JT 20H, ORTF, 9 février 1974 - DISCORAMA, ORTF, 7 juillet 1974 - Interview à MONACO, 1974
Chansons : La Solitude - Il tuo stile - L'Oppression - Ni dieu ni maitre (Et... basta !) - Je t'aimais bien tu sais (extraits ; JT 20H, 9 juin 1973) - Les Oiseaux du malheur
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1975 - 1982, Les Toscanes I :
Avec des extraits des émissions suivantes : CAMERA 3, FR3, 19 mars 1975 - Interview pour RADIO MEGA, 24 avril 1986 - C’EST-A-DIRE, Antenne 2, 12 novembre 1975 - UN JOUR UNE HEURE, RTS 1, 5 février 1975 - Interview pour FRANCE INTER, 13 novembre 1975 - RADIOSCOPIE, France Inter, 3 novembre 1975 - LE VIOLON ET LE ROSSIGNOL, radio suisse, 8 février 1980 - RADIOSCOPIE, France Inter, 1er mai 1980 - MIDI PREMIERE, TF1, 31 mars 1977 - JT 20H, Antenne 2, 24 décembre 1977 - LE GRAND ECHIQUIER, Antenne 2, 26 juin 1975 - LES RENDEZ-VOUS DU DIMANCHE, TF1, 18 décembre 1977 - AGENDA, TSR, 21 avril 1978 - Documentaire L’HOMME EN QUESTION, FR3, 19 juin 1977 - MIDI PREMIERE, TF1, 1er avril 1977 - JT 13H, TF1, 19 novembre 1977 - AGENDA, TSR, 21 avril 1978 - MIDI PREMIERE, TF1, 14 février 1978 - MIRAGE, France Inter, 1984 - Interview pour RMC, juillet 1979 - SAMEDI ET DEMI, Antenne 2, 23 juin 1979 - JT 20H, ORTF, 9 février 1974 - Interview pour RMC, juillet 1979 - POP CLUB, France Inter, février 1980 - REPORTAGE RTBF, octobre 1979 - APOSTROPHE, Antenne 2, 4 juillet 1980 - Interview pour SUD RADIO, 1980
Chansons : Muss es sein Es muss sein (version muette) - Je te donne - Allende - Les Musiciens - Words Words Words - La Marge
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1983 - 1992, Les Toscanes II :
Avec des extraits des émissions suivantes : NUIT D’ABSENCE (Jean-Pierre Moscardo), TF1, 2 mai 1986 - Interview pour FRANCE INTER, novembre 1989 - UNE NUIT AVEC LEO FERRE, France Culture, 1er janvier 1988 - FORUM, radio La Marseillaise, 1984 - ALLO MACHA, France-Inter, octobre 1984 - Interview à RADIO GRENOUILLE avec Richard Martin, 1986 - POLLEN, France Inter, 24 avril 1987 - FAUTEUIL D’ORCHESTRE (JC Averty), FR3, 11 avril 1990 - CHAMPS ELYSEES, Antenne 2, 31 janvier 1987 - Interview pour BONHEUR FM, 1987 - DIRECT (Philippe Gildas), Canal +, 4 novembre 1986 - POLLEN, France Inter, 23 avril 1987 - POLLEN, France Inter, 24 avril 1987 - POLLEN, France Inter, 8 juillet 1987 - Interview pour FRANCE INTER, novembre 1989 - JT 20H, Antenne 2, 16 novembre 1990 - Actualités régionales, FR3, 9 novembre 1990 - Itw avec André Blanc au TLP, novembre 1990 - POLLEN, France Inter, 1990 - JT, La 5, mai 1991
Chansons : L'Opéra du Pauvre, La Cloitrée - La Solitude / L'invitation au voyage (Théâtre des Champs-Elysées 1984 ; extrait) - Les Loubards - Lorsque tu me liras - Gaby - La Nostalgie (La fête à Ferré) - Les Vieux copains - Adieu (poème d'Arthur Rimbaud, in Une saison en enfer)
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1993 :
Avec des extraits des émissions suivantes : RADIO PSYCHOSE, Europe 1, 1969 - Interview pour la RTBF, juin 1975 - Sur la route de MONTREAL à ROUYN, Radio Canada, 5 octobre 1990 - LE ROMAN DES VEDETTES, Europe 1, janvier 1961 - AUJOURD’HUI MADAME, ORTF, 29 novembre 1973
Chansons : Plus jamais - L'Opéra du Pauvre, Alors vint le printemps
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Un immense merci du fond du coeur à Sylvie et Chris de chez SCL, un autre à Claire pour les jingles, et à Martine pour l'illustration (le "Livre Ferré" est une oeuvre de Nadège Milet). Bien des mercis à Jacques Layani, Jean-Baptiste Foulquier, Alaric Perrolier, David Neau, ainsi qu'à la famille Bernard. Et un salut tout particulier à Jean-Jacques, ainsi qu'à Bernard et Patricia. Merci à l'émission En panne de sens. Merci Frédo !
Blog des émissions LE FERRE CLUB (mercredi, 16h) et NUIT NOIRE (1 lundi /2, 22h30) @ Radio Libertaire
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Choses vues au Musée de l'Histoire du Peuple de Manchester
Evoqués à l'antenne lors de la reprise du 3 octobre, voici quelques souvenirs rapportés du Musée de l'Histoire du Peuple situé à Manchester.
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| A lire - Armand Robin, Demande officielle pour obtenir d'être sur toutes les listes noires |
Bien plus que l'histoire du peuple, ce lieu parcourt l'histoire de l'engagement politique et de l'organisation collective au Royaume-Uni (et plus précisément en Angleterre). Entendons-nous bien : l'engagement le plus conventionnel qui soit. Il n'est aucunement fait référence aux anarchistes, par exemple (alors que sont présentées quelques publications de l'extrême-droite, mais passons). Probablement tenu par le parti travailliste (Labour), ce musée présente une collection d'affiches, d'objets, de fanions et drapeaux, en lien avec les formes d'organisation des classes populaires. Il se visite rapidement, et son accès est gratuit.
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| Lesley Boulton, sur le point d'être frappée à la tête par la police lors de la "bataille d'Orgreave", moment de répression exacerbée lors de la grève des mineurs de 1984. |
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| Manchester a beau être déclarée "Nuclear Free Zone" (territoire dénucléarisé), il n'y a pas moins de cinq centrales dans un rayon de 150km autour d'elle. |
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| Dans la partie consacrée à l'antiracisme, une affiche contre le racialisme. Une affiche des années 80. |

En fin de visite, des pense-bêtes autocollants et des feutres sont mis à notre disposition pour laisser un petit mot sur de grands panneaux. Il y en a un qui m'a sauté aux yeux.
[Hors-Série] Parlez dans l'hygiaphone
- Hmpff... je...
- Oui, c'est pour ?
- C'est trop tôt pour vous acheter un carnet ?.. Bonjour monsieur.
- Euh... Non c'est bon. Vous payez par carte ? (tendant la main vers l'automate)
- Oui mais...
- Vous savez que vous pouvez le faire...
- Oh oui, je sais, à la machine. Mais c'est déjà pas de gaieté de cœur que j'achète des tickets, alors j'aime autant les acheter à une personne vivante.
- Oui, je peux vous comprendre. Un carnet ? (un instant) Mais vous savez, on va disparaitre, nous.
- Ça va devenir gratuit ?
- Non... (sourire) Vous ne pourrez plus acheter vos tickets qu'aux bornes automatiques.
- C'est bon pour les bénéfices de votre employeur...
- Ouais, ça ! Votre code, s'il vous plait.
- (je compose) Mais c'est aussi un peu moins de présence humaine dans les lieux publics.
- Eh, je sais monsieur. (un instant) Tenez, regardez...
- Oui !
- Les passagers du TGV attaqué l'autre jour...
- Je me doutais que vous alliez me parler de cela.
- Ils ont raison de se plaindre du fait qu'il n'y pas assez de personnel pour les soutenir quand il arrive quelque chose comme ça. Mais le reste du temps, ils ne se soucient pas que les machines prennent de plus en plus de place dans nos vies... (un instant) Et que, c'est bien beau la rentabilité, mais c'est pas les machines qui vont vous aider en cas d'incident !
- Eh, je sais monsieur, c'est aussi pour cela que je viens m'adresser à vous plutôt qu'à la machine.
- Quelque part, vous avez raison ! Mais ils s'en foutent, là-haut, ils ont décidé qu'on devait disparaitre, c'est tout !
- Écoutez, même si je suis une ligne marginale de la statistique, je veux quand même la faire exister, cette infime marge de ceux qui achètent encore leurs tickets à des humains.
- Eh oui, c'est sympa (sourire). Mais le souci, c'est que vous n'êtes pas assez nombreux. Il faudrait que tous les gens qui prennent le métro fassent comme vous. Et encore...
- Je vais en parler autour de moi.
- Oui (sourire). Tenez, vos tickets.
- Merci monsieur, bonne journée.
- De même.
[Hors-Série] Spectacle
C'est pas facile de parler d'une foule. La foule, elle est une entité en elle-même, et puis elle est aussi la somme de chacun et chacune qui la compose, autant d'entités aussi complexes qu'est la foule. Nous sommes un bon nombre à avoir un rapport particulier avec elle - chacun et chacune de nous sans doute. Pour qui elle est un entrain, une énergie, un moteur ; pour qui encore un obstacle, un repoussoir, une oppression. Parce qu'elle nous ramène forcément à notre singularité et nous projette de fait vers l'autre, elle nous conduira à la fraternité ou à l'isolement. Parfois, d'un sentiment à l'autre en instant.
La foule entoure, elle nous dépasse, excitante, effrayante ; mais elle ne prend racine nulle part ailleurs qu'en moi, qu'en elle qui croise mon regard, qu'en lui qui pourrait bien croiser mon poing, en chacun, en chacune. Et elle s'évaporera, comme elle dont je n'aurai croisé que le regard, comme lui qui dont j'ai aussi évité le poing, comme moi, et chacun, chacune - tous ces moi qui m'entourent. La foule - provocation - situation socialement induite, tantôt par une nécessité, tantôt par une volonté. Pour moi, le plus souvent, elle est le métro, de manière plus occasionnelle la manifestation, le concert, plus rarement encore le centre commercial, la gare parisienne.
Il y a quelques jours, concert ! Noel Gallagher concluait la première journée d'un festival organisé par une radio commerciale de la bande FM parisienne. M'évertuant à ne rater aucun de ses passages à Paris, j'étais présent. Et, au vu du contexte, je m'attendais bien à faire foule avec des gens motivés davantage par la gratuité ou par l'inattendu de l'évènement que par la présence de l'ainé des frangins Gallagher. Et s'il n'y a pas eu vraiment de surprise, je dois bien dire que je suis rentré avec, sous le bras, un paradoxe rassurant. Je me retrouvais finalement bien plus dans cette assemblée, plus spontanée, plus jeune, pas forcément très attentive mais portée par de l'envie, que dans le public que nous avions constitué avec tant d'autres, il y a trois mois, lors de la dernière sortie parisienne en date du Mancunien.
Ce soir-là, dans la fosse d'une grande salle parisienne, nous faisions foule autour du même artiste, Noel Gallagher, et lui seul, dans un endroit dédié à la musique, et contre la somme de quarante euros. Venus avec mes envies, croyant venir à la rencontre de gens habités par un sentiment assez proche, je me retrouvais pourtant dans une "foule solitaire", entouré de gens quasi immobiles - pas inertes, puisqu'ils parvenaient à beugler quelques instants à la fin de chaque chanson, pour beaucoup empêchés d'applaudir par une bière - expressifs comme lorsqu'ils passent en caisse dans leur supermarché préféré. Dans un tel contexte, les envies deviennent vite encombrantes.
Laisser l'emporter ce qu'il y a de pré-pubère en moi en chantant avec l'artiste ses chansons, je remisais immédiatement l'idée dans ma case à souvenirs. Remuer un peu sur les moments les plus saturés sans dénoter, compliqué quand on préfère la discrétion. Et puis bien sur, chacun et chacune vit le concert comme il veut, chaque concert se vit de manière différente. Et puisque, comme le chanteur, nous vieillissons, un peu plus de tempérance, admettons. Mais cette passivité ! Un figement à peine troublé par quelques moments de smartphones scintillants, clic-clac pour une image aussi figée que ceux et celles qui la prennent, comme un trophée à accrocher au mur - devant lequel d'autres figés, ailleurs, fileront du like, aussi attentifs qu'un "fan" venu voir Noel Gallagher.
J'étais sorti de là en trimballant cette déception, et en m'interrogeant sur l'impression de l'artiste. Comment vit-il ce décalage, lui, là-haut, qui livre son art, travailleur sans filet, avec l'intensité physique ou mentale que cela implique, devant un public passif, parterre qui réagit à peine, applaudit de manière machinale et pas plus d'une dizaine de secondes à la fin de chaque chanson, qui s'en ira en se demandant s'il en a eu pour son argent ? S'il n'était pas un rockeur qui a connu, avec Oasis, les salles hostiles ou passionnées du Grand Manchester, puis celles, petites et grandes, du monde entier, quelques stades pleins au passage... Que reçoit-il d'une assistance pareille ? Et nous qui sommes réunis par l'un des plus beaux vecteurs, la musique, autour d'un artiste que nous privilégions, qu'échangeons-nous vraiment ? Proches à ce point que nous constituons une foule, tant éloignés que nous n'entonnerons pas plus de deux refrains ensemble.
Et si le spectacle avait eu raison du spectacle ? Placé par l'industrie marchande* devant l'artiste qui, dans l'instant partagé, donne corps à la musique, le spectateur n'est pas là - comme pour lui, l'artiste n'est pas là. Toute la vie se résumant à une représentation factice de la vie, le spectateur ne peut même plus faire appel à ce qu'il y a de mélomane en lui pour s'en échapper. Plutôt que de vivre l'instant, il préfère se le représenter, et se comporte comme dans la représentation qui lui a été faite. Il consomme sa bière. Il agite son téléphone devenu appareil photo vers l'artiste, et, aussitôt l'image du vivant figée dans la représentation, l'appareil photo devenu téléphone, il plaque le vivant dans un instant de représentation (un SMS, une publication sur un réseau social). A mesure qu'avance le capitalisme sont réunies les conditions de l'éloignement de l'individu et du vivant.
[Redevenons sérieux] Ce capitalisme qui avance, il est l'argent qui s'impose sur toute autre notion ou conviction. Aussi, je me garderai bien de faire un éloge de la gratuité concernant le concert de la place de la République. Rien n'est jamais gratuit dans ce système mortifère. De ces deux soirées, un constat s'impose à mes yeux. Quand, autour d'un même artiste, une foule qui n'a pas dépensé le moindre euro vit de manière plus intense (en sourires et conversations nées de l'inattendu, de la surprise ; en plaisir traduit par des chants et déhanchés, même approximatifs ; en joie simple, défaite du convenable) que celle qui en a dépensé quarante par "moi dans la foule" pour vivre le même moment, la critique de la valeur devient nécessaire.
Qu'une barrière et l'espace ainsi libéré aussitôt déborde d'envie. Que toutes les barrières s'ouvrent...
Demain matin !
*ce qui n'est pas le cas du spectateur ou de la spectatrice qui assistait au concert gratuit de la place de la République, organisé lui aussi par les tenants de l'économie marchande, mais ouvert au tout-venant, pour un instant de surprise ou toute une soirée de musique.
DK, Paris, le 6 juillet 2015
La foule entoure, elle nous dépasse, excitante, effrayante ; mais elle ne prend racine nulle part ailleurs qu'en moi, qu'en elle qui croise mon regard, qu'en lui qui pourrait bien croiser mon poing, en chacun, en chacune. Et elle s'évaporera, comme elle dont je n'aurai croisé que le regard, comme lui qui dont j'ai aussi évité le poing, comme moi, et chacun, chacune - tous ces moi qui m'entourent. La foule - provocation - situation socialement induite, tantôt par une nécessité, tantôt par une volonté. Pour moi, le plus souvent, elle est le métro, de manière plus occasionnelle la manifestation, le concert, plus rarement encore le centre commercial, la gare parisienne.
Il y a quelques jours, concert ! Noel Gallagher concluait la première journée d'un festival organisé par une radio commerciale de la bande FM parisienne. M'évertuant à ne rater aucun de ses passages à Paris, j'étais présent. Et, au vu du contexte, je m'attendais bien à faire foule avec des gens motivés davantage par la gratuité ou par l'inattendu de l'évènement que par la présence de l'ainé des frangins Gallagher. Et s'il n'y a pas eu vraiment de surprise, je dois bien dire que je suis rentré avec, sous le bras, un paradoxe rassurant. Je me retrouvais finalement bien plus dans cette assemblée, plus spontanée, plus jeune, pas forcément très attentive mais portée par de l'envie, que dans le public que nous avions constitué avec tant d'autres, il y a trois mois, lors de la dernière sortie parisienne en date du Mancunien.
Ce soir-là, dans la fosse d'une grande salle parisienne, nous faisions foule autour du même artiste, Noel Gallagher, et lui seul, dans un endroit dédié à la musique, et contre la somme de quarante euros. Venus avec mes envies, croyant venir à la rencontre de gens habités par un sentiment assez proche, je me retrouvais pourtant dans une "foule solitaire", entouré de gens quasi immobiles - pas inertes, puisqu'ils parvenaient à beugler quelques instants à la fin de chaque chanson, pour beaucoup empêchés d'applaudir par une bière - expressifs comme lorsqu'ils passent en caisse dans leur supermarché préféré. Dans un tel contexte, les envies deviennent vite encombrantes.
J'étais sorti de là en trimballant cette déception, et en m'interrogeant sur l'impression de l'artiste. Comment vit-il ce décalage, lui, là-haut, qui livre son art, travailleur sans filet, avec l'intensité physique ou mentale que cela implique, devant un public passif, parterre qui réagit à peine, applaudit de manière machinale et pas plus d'une dizaine de secondes à la fin de chaque chanson, qui s'en ira en se demandant s'il en a eu pour son argent ? S'il n'était pas un rockeur qui a connu, avec Oasis, les salles hostiles ou passionnées du Grand Manchester, puis celles, petites et grandes, du monde entier, quelques stades pleins au passage... Que reçoit-il d'une assistance pareille ? Et nous qui sommes réunis par l'un des plus beaux vecteurs, la musique, autour d'un artiste que nous privilégions, qu'échangeons-nous vraiment ? Proches à ce point que nous constituons une foule, tant éloignés que nous n'entonnerons pas plus de deux refrains ensemble.
Et si le spectacle avait eu raison du spectacle ? Placé par l'industrie marchande* devant l'artiste qui, dans l'instant partagé, donne corps à la musique, le spectateur n'est pas là - comme pour lui, l'artiste n'est pas là. Toute la vie se résumant à une représentation factice de la vie, le spectateur ne peut même plus faire appel à ce qu'il y a de mélomane en lui pour s'en échapper. Plutôt que de vivre l'instant, il préfère se le représenter, et se comporte comme dans la représentation qui lui a été faite. Il consomme sa bière. Il agite son téléphone devenu appareil photo vers l'artiste, et, aussitôt l'image du vivant figée dans la représentation, l'appareil photo devenu téléphone, il plaque le vivant dans un instant de représentation (un SMS, une publication sur un réseau social). A mesure qu'avance le capitalisme sont réunies les conditions de l'éloignement de l'individu et du vivant.
[Redevenons sérieux] Ce capitalisme qui avance, il est l'argent qui s'impose sur toute autre notion ou conviction. Aussi, je me garderai bien de faire un éloge de la gratuité concernant le concert de la place de la République. Rien n'est jamais gratuit dans ce système mortifère. De ces deux soirées, un constat s'impose à mes yeux. Quand, autour d'un même artiste, une foule qui n'a pas dépensé le moindre euro vit de manière plus intense (en sourires et conversations nées de l'inattendu, de la surprise ; en plaisir traduit par des chants et déhanchés, même approximatifs ; en joie simple, défaite du convenable) que celle qui en a dépensé quarante par "moi dans la foule" pour vivre le même moment, la critique de la valeur devient nécessaire.
Qu'une barrière et l'espace ainsi libéré aussitôt déborde d'envie. Que toutes les barrières s'ouvrent...
Demain matin !
*ce qui n'est pas le cas du spectateur ou de la spectatrice qui assistait au concert gratuit de la place de la République, organisé lui aussi par les tenants de l'économie marchande, mais ouvert au tout-venant, pour un instant de surprise ou toute une soirée de musique.
DK, Paris, le 6 juillet 2015
[Hors-Série] Propos de poète
"- Ouvre l’œil et regarde, tu verras ton visage dans tous les visages. Tends l’oreille et écoute, tu entendras ta propre voix dans toutes les voix. -"
Khalil Gibran
[Hors-Série] Evidence apoétique
"J'ai vécu des printemps fabuleux en hiver"
Et voilà qu'elle s'achève déjà, la grande quinzaine du rien. Comme tous les ans, depuis qu'un ministre de la culture - comme il existait au moyen-âge des ministres de l'information - a décidé que le mot Poésie aurait droit de cité du tant au tant, l'institution - le pouvoir si vous préférez -, de la même manière qu'elle ouvre la chasse, s'éprend fugacement de cette idée, la poésie, et l'autorise sur certaines affiches apposées aux frontons de ses mairies, établissements administratifs affreux, et autres lieux d'aliénation. Cela s'appelle Le Printemps Des Poètes.
Avant d'être une manifestation présentée comme culturelle et une appellation ministérielle, Le Printemps Des Poètes, c'était une chanson de Léo Ferré. L'écoute des Nuits Noires ou la lecture de ce blog renseignent sur le fait que j'aime beaucoup Léo Ferré. Mais, même si tous les hommages ne se "méritent" pas, là n'est pas tant ce que je veux relever ici. Je tiens la poésie comme l'une de mes convictions politiques les plus fermes. Et c'est précisément pour cela, parce qu'elle est une conviction politique, que je n'aurai de cesse de dire combien Le Printemps Des Poètes est une imposture.
A cela, une raison prévaut. Cette institution qui nous invite à la danse, le ministère machin copyright RF, elle est aussi celle qui est en charge d'organiser le quotidien de chacun et chacune d'entre nous. Elle est cette communauté organisatrice à qui revient de rendre faussement supportable ce qui ne l'est pas, le capitalisme - le marché dans son absolu idéologique. Système économique visant à consacrer une part toujours plus importante de ce qui constitue le vivant à l'incessante accumulation de profits, ce capitalisme mortifère, il est l'apoétique absolu !
Il est le chiffre qui écrase tout sur son passage. Il est cette immédiateté incessante qui se répète jusqu'à étouffer le moindre discernement, jusqu'à rendre l'incompréhensible admis. Il est le conditionnement de l'activité et de la pensée individuelles. Il est, parce que seul l'intérêt particulier compte, l'éparpillement de tout ce qui est collectif, dans les consciences comme dans les modes de vie. Il est ce vulgaire amoncellement de richesse qui ne correspond plus à rien. Le capitalisme, idéologie en marche portée par nos sociétés modernes.
Et que ce soit à Paris, Athènes, Rennes, Madrid, Albi, Tizi-Ouzou, Hong-Kong, partout où l'ordre du marché règne, quelle place est laissée à celui ou celle qui, s'autorisant à ouvrir les yeux d'une autre manière, veut voir les choses autrement. Regarde les gens, et les trouve beaux, et les trouve effrayants. Regarde la tête penchée et le monde soudain s'allonge. Regarde vers où l'on n'a pas regardé depuis longtemps, vers où personne ne regarde. Regarde l'usine, et n'y voit rien d'autre qu'un morbide amas de béton et de ferrailles. Regarde la prison, et n'y voit rien d'autre que ce qu'il voyait devant l'usine. Regarde, entre béton et ferrailles, les passages piétons en forme de code-barres, puis les code-barres en forme de passage piéton. Regarde le doigt quand celui-ci montre la lune.
Celui ou celle qui ne voit partout que ce qu'il veut voir, de crainte de voir ce que l'on veut qu'il voit...
Et de quel cynisme relève le fait d'avoir donné à la 17ème édition du Printemps Des Poètes le thème de "L'Insurrection Poétique" quelques mois après la mort de Rémi Fraisse ? L'insurrection poétique, quand elle n'est pas un slogan estampillé RF, elle est réprimée dans le sang par un engin incendiaire estampillé RF lui aussi.
Ce qu'il voudrait ne pas voir...
Pour certains et certaines d'entre nous, la poésie est un remède, un itinéraire-bis (bien plus qu'une envie d'ailleurs, car la poésie s'inscrit dans le monde qui nous entoure, en réaction ou dans son prolongement), un parti-pris qui ne s'embarrasse plus du mot (d'ailleurs, la poésie en mots est un instrument parfaitement adapté pour apprendre la langue aux jeunes enfants, c'est sans doute le rôle qu'elle remplit le mieux). Elle est dans l'esprit de ceux et celles qui, constatant "que la nécessité se trouvant socialement rêvée", nécessairement rêvent. Elle est dans l'incertitude quand les vérités idéologiques étouffent. Elle est dans l'inachevé quand tout autour n'est plus qu'absolu. Et même lorsque, revenue aux mots, elle se crispe dans l'académique, n'est-elle pas l'incessante envie d'inattendu ?
Le Printemps Des Poètes organisé au printemps... Quelle audace ! Admettons que ceux et celles qui l'attendent ne comprennent pas que le printemps de la machine à fabriquer l'ennui soit organisé à l'automne. Mais si l'initiative poétique n'est pas là pour proposer autre chose que ce qui est évident et convenu, qui le fera ? Et puis, quel mépris pour celui dont on utilise les écrits pour en faire un slogan marketing. Écoutez cette chanson, lisez-là si vous préférez. Ferré dit comment des printemps fabuleux sont à notre portée, même en hiver - surtout en hiver ?
"Eh oui c'est ça monsieur le printemps des poètes"
Il ne suffit pas de faire lire de jolis textes dans de jolis endroits par de jolies personnes devant d'autres jolies personnes pour que respire la poésie. "La poésie est une clameur", estimait Ferré. Elle est peut-être le slogan scandé de l'ouvrière qui se bat, écoutons-la. Dans l'ad orgasmus aeternum susurré unplugged dans des draps tant froissés, provoquons-le. Dans l'intention de la seule personne qui lit son livre depuis la dernière page jusqu'à la première dans une rame de la ligne 7 entre Kremlin et Bicêtre, regardons-la. Cette autre qui lit normalement comme tous les jours. Dans le geste de celui qui ne parle plus depuis tant d'années, tout ce qu'il exprime. Et ce chat qui se réveille, se lèche à peine, se rendort aussitôt. Et la façon dont, parfois, le très simple se mêle à ce qu'il y a de plus complexe. Et là où tu la verras pour moi. La poésie s'étend au-delà du mot. Elle ne répond à aucune exigence. Elle ne demande qu'à vivre dans chaque instant de liberté. Et qui la cherche la trouvera à coup sûr.
Peut-être.
"Ce qu'il faut de désirs aux heures de l'ennui
Et ce qu'il faut mentir pour que mentent les choses
Ce qu'il faut inventer pour que meurent les roses
L'espace d'un matin l'espace d'une Nuit"
NB - Je ne doute aucunement de l'envie qui porte ceux et celles qui, aspirant à une présence plus importante de la poésie dans nos vies et envies, profitent de ce cadre pour initier telle rencontre, tel échange, telle proposition, ni même de celle des organisateurs et organisatrices de cette manifestation (bien davantage de ceux qui en ont eu l'initiative). Sur le fond, je partage avec eux et elles cette envie. Si ce texte leur était adressé, il serait une invitation à transcender les cadres, et, bien plus que la question d'une saison et seulement une, à considérer la part que notre monde laisse à la poésie.
DK, Paris, le 19 mars 2015
Et voilà qu'elle s'achève déjà, la grande quinzaine du rien. Comme tous les ans, depuis qu'un ministre de la culture - comme il existait au moyen-âge des ministres de l'information - a décidé que le mot Poésie aurait droit de cité du tant au tant, l'institution - le pouvoir si vous préférez -, de la même manière qu'elle ouvre la chasse, s'éprend fugacement de cette idée, la poésie, et l'autorise sur certaines affiches apposées aux frontons de ses mairies, établissements administratifs affreux, et autres lieux d'aliénation. Cela s'appelle Le Printemps Des Poètes.
Avant d'être une manifestation présentée comme culturelle et une appellation ministérielle, Le Printemps Des Poètes, c'était une chanson de Léo Ferré. L'écoute des Nuits Noires ou la lecture de ce blog renseignent sur le fait que j'aime beaucoup Léo Ferré. Mais, même si tous les hommages ne se "méritent" pas, là n'est pas tant ce que je veux relever ici. Je tiens la poésie comme l'une de mes convictions politiques les plus fermes. Et c'est précisément pour cela, parce qu'elle est une conviction politique, que je n'aurai de cesse de dire combien Le Printemps Des Poètes est une imposture.
A cela, une raison prévaut. Cette institution qui nous invite à la danse, le ministère machin copyright RF, elle est aussi celle qui est en charge d'organiser le quotidien de chacun et chacune d'entre nous. Elle est cette communauté organisatrice à qui revient de rendre faussement supportable ce qui ne l'est pas, le capitalisme - le marché dans son absolu idéologique. Système économique visant à consacrer une part toujours plus importante de ce qui constitue le vivant à l'incessante accumulation de profits, ce capitalisme mortifère, il est l'apoétique absolu !
Il est le chiffre qui écrase tout sur son passage. Il est cette immédiateté incessante qui se répète jusqu'à étouffer le moindre discernement, jusqu'à rendre l'incompréhensible admis. Il est le conditionnement de l'activité et de la pensée individuelles. Il est, parce que seul l'intérêt particulier compte, l'éparpillement de tout ce qui est collectif, dans les consciences comme dans les modes de vie. Il est ce vulgaire amoncellement de richesse qui ne correspond plus à rien. Le capitalisme, idéologie en marche portée par nos sociétés modernes.
Et que ce soit à Paris, Athènes, Rennes, Madrid, Albi, Tizi-Ouzou, Hong-Kong, partout où l'ordre du marché règne, quelle place est laissée à celui ou celle qui, s'autorisant à ouvrir les yeux d'une autre manière, veut voir les choses autrement. Regarde les gens, et les trouve beaux, et les trouve effrayants. Regarde la tête penchée et le monde soudain s'allonge. Regarde vers où l'on n'a pas regardé depuis longtemps, vers où personne ne regarde. Regarde l'usine, et n'y voit rien d'autre qu'un morbide amas de béton et de ferrailles. Regarde la prison, et n'y voit rien d'autre que ce qu'il voyait devant l'usine. Regarde, entre béton et ferrailles, les passages piétons en forme de code-barres, puis les code-barres en forme de passage piéton. Regarde le doigt quand celui-ci montre la lune.
Celui ou celle qui ne voit partout que ce qu'il veut voir, de crainte de voir ce que l'on veut qu'il voit...
Et de quel cynisme relève le fait d'avoir donné à la 17ème édition du Printemps Des Poètes le thème de "L'Insurrection Poétique" quelques mois après la mort de Rémi Fraisse ? L'insurrection poétique, quand elle n'est pas un slogan estampillé RF, elle est réprimée dans le sang par un engin incendiaire estampillé RF lui aussi.
Ce qu'il voudrait ne pas voir...
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| Frédéric Bons |
Le Printemps Des Poètes organisé au printemps... Quelle audace ! Admettons que ceux et celles qui l'attendent ne comprennent pas que le printemps de la machine à fabriquer l'ennui soit organisé à l'automne. Mais si l'initiative poétique n'est pas là pour proposer autre chose que ce qui est évident et convenu, qui le fera ? Et puis, quel mépris pour celui dont on utilise les écrits pour en faire un slogan marketing. Écoutez cette chanson, lisez-là si vous préférez. Ferré dit comment des printemps fabuleux sont à notre portée, même en hiver - surtout en hiver ?
"Eh oui c'est ça monsieur le printemps des poètes"
Il ne suffit pas de faire lire de jolis textes dans de jolis endroits par de jolies personnes devant d'autres jolies personnes pour que respire la poésie. "La poésie est une clameur", estimait Ferré. Elle est peut-être le slogan scandé de l'ouvrière qui se bat, écoutons-la. Dans l'ad orgasmus aeternum susurré unplugged dans des draps tant froissés, provoquons-le. Dans l'intention de la seule personne qui lit son livre depuis la dernière page jusqu'à la première dans une rame de la ligne 7 entre Kremlin et Bicêtre, regardons-la. Cette autre qui lit normalement comme tous les jours. Dans le geste de celui qui ne parle plus depuis tant d'années, tout ce qu'il exprime. Et ce chat qui se réveille, se lèche à peine, se rendort aussitôt. Et la façon dont, parfois, le très simple se mêle à ce qu'il y a de plus complexe. Et là où tu la verras pour moi. La poésie s'étend au-delà du mot. Elle ne répond à aucune exigence. Elle ne demande qu'à vivre dans chaque instant de liberté. Et qui la cherche la trouvera à coup sûr.
Peut-être.
"Ce qu'il faut de désirs aux heures de l'ennui
Et ce qu'il faut mentir pour que mentent les choses
Ce qu'il faut inventer pour que meurent les roses
L'espace d'un matin l'espace d'une Nuit"
NB - Je ne doute aucunement de l'envie qui porte ceux et celles qui, aspirant à une présence plus importante de la poésie dans nos vies et envies, profitent de ce cadre pour initier telle rencontre, tel échange, telle proposition, ni même de celle des organisateurs et organisatrices de cette manifestation (bien davantage de ceux qui en ont eu l'initiative). Sur le fond, je partage avec eux et elles cette envie. Si ce texte leur était adressé, il serait une invitation à transcender les cadres, et, bien plus que la question d'une saison et seulement une, à considérer la part que notre monde laisse à la poésie.
DK, Paris, le 19 mars 2015
[Hors-Série] Prévisions
Le temps.
Paris, bien après ma naissance.
Plus tard Leningrad, peu avant sa mort. La place blanche est pleine, derrière moi marche le troupeau dont je veux m'extraire. Je ne peux que m'éloigner. Je ne regarde pas les bâtiments, je regarde les pierres de chacun des bâtiments, une par une, comme si chaque pierre pouvait me rendre son témoignage à elle, bien plus intéressant que ce que les bâtiments dans leur ensemble peuvent m'apprendre. Cela se passe à Leningrad, dans la banlieue de Kronstadt, là où l'on ne fait pas dans le détail.
Station Saint-Maur, trois mois auparavant. Les murs ont trouvé de quoi tromper l'ennui, tant et si bien que les panneaux marchands plient bagages. Ils cèdent naturellement leur place à l'inutile revendiqué, et les visages demeurent davantage surpris que ravis. Et ce matin ne saurait ressembler à aucun autre. A quoi cela tient-il ? A la peinture et à l'envie de quelques poètes. Ils seront rapidement taxés de folie.
Vingt-cinq ans plus tard, quelque part entre Plaintel et Saint-Julien, Côtes d'Armor. Une route sereine s'étend. Humbles et charmants paysages - comme ils sont grands, ici, alors... Ailleurs demain... Mon autobus avance, il est presque vide. Comme cette campagne qui se répète dans le soleil couchant. Comme ce refrain qui ne tient pas à grand-chose, celui d'une chanson qui date et qui me revient.
"Ah look at all the lonely people..."
Qui se répète, comme la campagne. Je vais retrouver Saint-Brieuc, et sa fontaine sur la place de la gare, celle qui est de l'autre coté de la place par rapport à la gare. Un fou m'a chuchoté un jour que si un ancien volcan se réveille, c'est par cette fontaine qu'il rejaillira. Je m'en vais à Saint-Brieuc apprendre la patience. Guetter pour les siècles prochains près de la fontaine de la place de la gare, celle qui est de l'autre coté de l'amour par rapport à mon cœur.
"Ah look at all the lonely people..."
Rien ne se répète mieux que la campagne. Peut-être ce vieux refrain.
Plus tard à Paris. Cela fait huit jour que j'ai revu ce regard. Je ne sais plus si cela fait un jour ou un mois. Huit jours plus longs que quinze ans.
Tu m'entends ? Je t'attends ?
Plus tôt, dans un bar célèbre de La Havane. Je n'entends rien. Je ne comprends rien. Et c'est bien plus tard que j'apprendrai que mon ouïe est nyctalope et ne s’accommode que très mal des soleils insulaires et endoctrinés. Je regarde ma mère sourire au moindre travailleur, à la moindre travailleuse que nous croisons. Dans sa tête, elle fait surement d'eux autant d'individus emportés par un destin qui le dépasse, vivant et donnant vie - presque malgré eux - au communisme. J'aime tant ma mère, mais je suis dans ce bar de La Havane et je n'entends rien.
Je ne retournerai jamais à La Havane. Je préfère encore que l'on me coupe une oreille.
Hier, boulevard Magenta près d'un néon qui tremble. Je vais rentrer, je crois qu'il est temps.
Paris, bien avant ma mort.
Prévisions.
Paris, bien après ma naissance.
Plus tard Leningrad, peu avant sa mort. La place blanche est pleine, derrière moi marche le troupeau dont je veux m'extraire. Je ne peux que m'éloigner. Je ne regarde pas les bâtiments, je regarde les pierres de chacun des bâtiments, une par une, comme si chaque pierre pouvait me rendre son témoignage à elle, bien plus intéressant que ce que les bâtiments dans leur ensemble peuvent m'apprendre. Cela se passe à Leningrad, dans la banlieue de Kronstadt, là où l'on ne fait pas dans le détail.
Station Saint-Maur, trois mois auparavant. Les murs ont trouvé de quoi tromper l'ennui, tant et si bien que les panneaux marchands plient bagages. Ils cèdent naturellement leur place à l'inutile revendiqué, et les visages demeurent davantage surpris que ravis. Et ce matin ne saurait ressembler à aucun autre. A quoi cela tient-il ? A la peinture et à l'envie de quelques poètes. Ils seront rapidement taxés de folie.
Vingt-cinq ans plus tard, quelque part entre Plaintel et Saint-Julien, Côtes d'Armor. Une route sereine s'étend. Humbles et charmants paysages - comme ils sont grands, ici, alors... Ailleurs demain... Mon autobus avance, il est presque vide. Comme cette campagne qui se répète dans le soleil couchant. Comme ce refrain qui ne tient pas à grand-chose, celui d'une chanson qui date et qui me revient.
"Ah look at all the lonely people..."
Qui se répète, comme la campagne. Je vais retrouver Saint-Brieuc, et sa fontaine sur la place de la gare, celle qui est de l'autre coté de la place par rapport à la gare. Un fou m'a chuchoté un jour que si un ancien volcan se réveille, c'est par cette fontaine qu'il rejaillira. Je m'en vais à Saint-Brieuc apprendre la patience. Guetter pour les siècles prochains près de la fontaine de la place de la gare, celle qui est de l'autre coté de l'amour par rapport à mon cœur.
"Ah look at all the lonely people..."
Rien ne se répète mieux que la campagne. Peut-être ce vieux refrain.
Plus tard à Paris. Cela fait huit jour que j'ai revu ce regard. Je ne sais plus si cela fait un jour ou un mois. Huit jours plus longs que quinze ans.
Tu m'entends ? Je t'attends ?
Plus tôt, dans un bar célèbre de La Havane. Je n'entends rien. Je ne comprends rien. Et c'est bien plus tard que j'apprendrai que mon ouïe est nyctalope et ne s’accommode que très mal des soleils insulaires et endoctrinés. Je regarde ma mère sourire au moindre travailleur, à la moindre travailleuse que nous croisons. Dans sa tête, elle fait surement d'eux autant d'individus emportés par un destin qui le dépasse, vivant et donnant vie - presque malgré eux - au communisme. J'aime tant ma mère, mais je suis dans ce bar de La Havane et je n'entends rien.
Je ne retournerai jamais à La Havane. Je préfère encore que l'on me coupe une oreille.
Hier, boulevard Magenta près d'un néon qui tremble. Je vais rentrer, je crois qu'il est temps.
Paris, bien avant ma mort.
Prévisions.
"Parler et vivre"
"Le silence c’est la mort
Et toi, si tu parles, tu meurs
Si tu te tais, tu meurs
Alors, parle et meurs."
Et toi, si tu parles, tu meurs
Si tu te tais, tu meurs
Alors, parle et meurs."
Tahar Djaout (poète assassiné)
"Moi je préfère parler et vivre"
Matoub Lounès (poète assassiné)
Jusqu'à ce mercredi 7 janvier 2015, quand on évoquait Cabu, je voyais ce chevelu à lunettes, tout mou timide planqué derrière un sourire et un bureau, le mec sympa de l'émission Récré A2, soirs d'enfance après l'étude. Jusqu'à ce mercredi 7 janvier 2015, quand on évoquait Kalachnikov, je voyais Rambo, ou je ne sais quel homme de guerre, muscles et sueurs comme seule et piètre élégance. Jusqu'à ce mercredi d'horreur, je ne pouvais pas certainement pas imaginer que Cabu, dessinateur, et Kalachnikov, arme de guerre, seraient dorénavant associés dans mon esprit. Cabu abattu à la Kalachnikov... Cela ne devrait relever que de l'absurde.
L'absurde ? Tiens, je cite :
"25 Vers la fin de la nuit, Jésus se dirigea vers ses disciples en marchant sur les eaux du lac(Je me permets d'omettre à dessein les références bibliographiques. Cette obsession à chiffrer la parole peut néanmoins vous laisser supposer qu'il ne s'agit pas là de la prose d'une œuvre à but non-lucratif...)
26 Quand ils le virent marcher sur l'eau, ils furent pris de panique:
---C'est un fantôme, dirent-ils.
Et ils se mirent à pousser des cris de frayeur.
27 Mais Jésus leur parla aussitôt:
---Rassurez-vous, leur dit-il, c'est moi, n'ayez pas peur.
28 Alors Pierre lui dit:
---Si c'est bien toi, Seigneur, ordonne-moi de venir te rejoindre sur l'eau.
29 ---Viens, lui dit Jésus.
Aussitôt, Pierre descendit de la barque et se mit à marcher sur l'eau, en direction de Jésus."
Avant de poursuivre, je veux préciser une chose. S'il est va être ici question de religion, je n'emploierai aucun vocable lié à la religion catholique, à la religion musulmane, à la religion juive, à la religion bouddhique, à la religion shinto, ni de quelque autre secte que ce soit, car mon propos n'est pas là. Je tiens en tout point à ce que ces distinguos ne me concernent pas.
Effroyable sur le fond comme sur la forme, le crime perpétré contre le journal Charlie Hebdo me bouscule. Il y a la tristesse à l'énumération des noms (j'ai une pensée particulière pour Chloé), l'incompréhension à l'exposé des faits, de la stupeur jusqu'au plus profond de mes convictions. Celles de l'individu anarchiste que je suis.
Attaché à la liberté, à l'émancipation individuelle des consciences, et donc à ce que le combat contre la religion - le fait religieux si l'on préfère - soit aussi vigoureux qu'il me semble nécessaire, c'est aussi en tant qu'animateur d'un média libertaire que je suis affecté, que je me sens en solidarité avec ceux et celles qui sont en colère. Je partage certains élans de cette colère. Et qu'il me soit permis de mettre de côté à cette heure ce qui, en tant que militant cannabique, par exemple, m'a parfois dérangé, certaines idées induites ou exprimées dans les dessins et propos de cette parution. Si hier mérite son lot de critiques, ce qu'il y a de terrifiant aujourd'hui m'oblige à penser à demain, et c'est dans l'alarme que je le fais.
Que notre conviction soit la laïcité, l'athéisme, qu'elle pousse la précision jusqu'à anticléricalisme ; que nous soyons attachés à ce que la liberté ne soit aucunement conditionnée ; que la violence ne soit qu'une inclinaison de l'envie ; que nous tenions l'égalité comme principe élémentaire, l'antiracisme comme élément intangible, l'universalité comme objectif ; que nous travaillions à ce que échanges et réflexions ne soient pas troublés par davantage de confusion ; que nous rejetions tous les obscurantismes ; que nous ayons à cœur et à raison la pratique libertaire... Ne sentez-vous pas comme nos combats, de notre vivant, n'ont jamais eu autant besoin de monde, autant besoin de nous ?
D'abord parce que l'on vient une nouvelle fois de tuer des gens à cause de leur athéisme - entendons-nous bien, il y a des pays où la peine de mort attend celui ou celle qui affirmera ses convictions athées, ce n'est pas le cas en France. Parce que, si ses cadavres encombrent déjà les couloirs de l'Histoire, on continue de tuer chaque jour, dans de nombreux endroits du Monde, au nom de la religion (principalement des trois monothéismes). Parce que sans aller jusqu'à tuer, c'est dans un carcan - qu'il soit moral, psychique, intellectuel - l'amputant d'une partie de son libre-arbitre qu'elle maintient l'individu. Et que de la même manière qu'il me semble important que chacun et chacune façonne sa conscience comme il l'entend, y compris en croyant en dieu, qu'il me soit permis à moi de dire ce que je pense, pour aujourd'hui et demain.
Non, je ne crois pas en dieu. Oui, je crois que les carcans idéologiques sont à abattre, et la religion en est un. Oui, les préceptes moraux contenus dans le message religieux ne peuvent tenir de la seule vie privée, et que de ce fait, ils s'opposeront à un moment ou à un autre à l'idée que je me fais de la liberté dans les rapports humains. Oui, je m'attèlerai toujours à convaincre celui ou celle qui croit en dieu qu'il trouvera dans l'imaginaire de quoi se débarrasser du mystique. Oui, je crois que le mystique nuit à l'imaginaire. Et j'en tiens pour preuve cet euphémisme : on tue bien moins au nom de l'athéisme qu'au nom de dieu... Nom de dieu ! Oui, je suis anticlérical, attaché à ma liberté, autant qu'à celle de celui qui veut prier.
Et puis dieu, c'est une chose, mais après "le commanditaire" (sic), il y a les bénéficiaires. Cet acte inspiré par une idéologie en sert bien d'autres. L'idéologie sécuritaire évidemment. Puisqu'il en a toujours été ainsi, il est probable que soit adopté d'ici quelques mois un énième arsenal légal dont le but annoncé sera de contenir la menace terroriste, mais dont les conséquences seront immanquablement de restreindre les libertés individuelles. Les effectifs policiers et différents dispositifs mis en place pour lutter contre le terrorisme ne se contenteront naturellement pas de cette seule tâche. Et ce sont ces fragiles rendus délinquants par d'iniques dispositions légales (je pense notamment aux petits toxicos, aux sans-papiers, aux Roms) qui subiront en premier lieu la répression. Oui, cet attentat va renforcer l’État, et son emprise sur nos vies.
Et ces voix, depuis la plus teigneuse des têtes de pont médiatiques jusqu'au premier des derniers piliers de comptoir 2.0, qui depuis plusieurs mois ou années ne s'embarrassaient plus pour dire cette haine raciste qui les habite... Ils s'en donnent déjà à cœur joie ! Ceux et celles qui ne cherchent que le clivage trouvent dans les événements de ces trois derniers jours un point d'appui inespéré. De la même manière que ces autres qui, à la moindre distorsion de l'image, crient "complot !", ou qui encore jouent de la confusion et des nuances pour profiter d'une perméabilité des consciences - lamentable épiscopat français qui fait sonner le glas en hommage à des anticléricaux ! Sans aller jusqu'à parler de renversement spectaculaire, cette récupération est pour le moins sordide.
Arbitraire, police, répression, démagogie, amalgames... Les semaines qui viennent n'en demandaient pas tant. Repères bousculés, confusion, les rencontres que je fais ces jours-ci me laissent croire que beaucoup tentent de comprendre, ont besoin de parler, d'échanger, mots et regard, ce que l'on peut de fraternité. Dans les échanges à venir, ceux et celles qui refusent les autorités, qui dénoncent les obscurantismes, qui appellent au libre-arbitre, à l'esprit critique, à la liberté, que leur inspiration soit laïque, athée, anticléricale, ont nécessairement toute leur place. Au contraire de ce que nous combattons, nous savons que le principe de vérité est en contradiction avec la diversité de quelque groupe humain que ce soit. Mais cette diversité doit être alimentée. Notre point de vue doit s'exprimer.
Je suis Davou. Je pense aux gars de Charlie. Je pense à Tahar Djaout, à Matoub Lounès, à Saïd Mekbel.
"Parler et vivre".
Ni dieu ni maitre !
A lundi.
[Hors-Série] Propos situationniste VII
- "Une révolte contre le spectacle se situe au niveau de la totalité, parce que – quand bien même elle ne se produirait que dans le seul district de Watts – elle est une protestation de l’homme contre la vie inhumaine ; parce qu’elle commence au niveau du seul individu réel et parce que la communauté, dont l’individu révolté est séparé, est la vraie nature sociale de l’homme, la nature humaine : le dépassement positif du spectacle." -
Guy Debord, Le déclin et la chute de l’économie spectaculaire-marchande
#FergusonDecision
Guy Debord, Le déclin et la chute de l’économie spectaculaire-marchande
#FergusonDecision
Titi de Paris
"Dans l’univers du révolté, la mort exalte l’injustice. Elle est le suprême abus" - Albert Camus
Dans ce petit cimetière de la vallée de l'Orge, un rayon de soleil, comme un dernier sourire que tu nous adresses. Le sourire. Il était ton indéfectible compagnon, fortune et infortune, un soleil que tu trainais dans les rues de notre Paname à nous. On a tous un Paname à nous. Moi, c'est dans le tien que je sortais des sentiers battus. Mahdi, compagnon initiateur d'envol.
La rue des Panoyaux, elle était déjà une façon de dire que le rectiligne voué à l'ennui ne te concernait pas. C'était bien avant que l'agent ne vienne s'y plaire. Elle était le point de rendez-vous avant les autres. Avant de descendre - parfois de remonter. L'avenue de la République, et ses bancs domestiqués, dedans comme dehors, premier de nos terrains de jeu. Du Lycée Voltaire au Métro Saint-Maur - sortie Saint-Maur, chaque centimètre d'ennui donnait couleur au bitume. Du Suprême groove enquillé en auto-reverse, de la Corio pour réinventer le mur, des heures de long en large. L'ennui, cette indécence. Tu savais que la vie n'attend pas.
Et puis, le "plus loin"... Du terrain de sport du Boulevard de Ménilmontant jusqu'à chez Tikaret, plus haut Stalingrad et son mur, derrière La Chapelle et sa zone, revenir sur nos pas, "Lachoum" par la rue des Amandiers, retour casa. Et puis, le "plus tard"... Dans la 305 Bordeaux du père de Mouloud, à dériver à l'aise, on dérivait. Paris et ses filles à rêver, partout - qu'est-ce qu'on rêvait ! Des convictions pour débattre, pas seulement, pour comprendre aussi. Et un match de foot qui se termine tard, boulevard de Strasbourg, l'occasion d'en rouler un petit dernier, allez !
Ouais, il y avait des cigarettes. Il y avait les vraies, et celles que l'on maquillait. "La substantifique moelle, comme aurait pu dire Rabelais !", aimais-tu répéter. Tu étais sans doute bien de ces Rabelaisiens modernes, Mahdi, gourmands de tout, gourmands de trop. Nos joints, comme autant d'ailleurs, parce que nous ne savions pas vraiment partir autrement. On aurait du s'arracher - se les arracher. On aurait du croire davantage en demain. Si j'avais su... Si j'avais su... C'est bien facile ! Je veux me l'arracher, cette cigarette. Parce que la vie ne peut laisser sans écho le départ d'un ami. Parce que la vie peut aussi avoir deux grands yeux immenses, superbes, avec cette petite espièglerie complice, le sourire dans le sourire, les grands yeux de tes deux filles. Là où toujours nous te reconnaitrons.
Nous étions nombreux, autour d'elles et de Corinne, pour te dire au revoir, Mahdi, notre ami. Pour qui une pensée, pour qui une prière, pour tous bien des larmes. Mais le souvenir de ton sourire a empêché nos cœurs de sombrer. Un sourire de Paname. Le tien. Un peu le mien aussi.
Au revoir Mahdi.
DK, Paris, le 12 novembre 2014
Dans ce petit cimetière de la vallée de l'Orge, un rayon de soleil, comme un dernier sourire que tu nous adresses. Le sourire. Il était ton indéfectible compagnon, fortune et infortune, un soleil que tu trainais dans les rues de notre Paname à nous. On a tous un Paname à nous. Moi, c'est dans le tien que je sortais des sentiers battus. Mahdi, compagnon initiateur d'envol.
La rue des Panoyaux, elle était déjà une façon de dire que le rectiligne voué à l'ennui ne te concernait pas. C'était bien avant que l'agent ne vienne s'y plaire. Elle était le point de rendez-vous avant les autres. Avant de descendre - parfois de remonter. L'avenue de la République, et ses bancs domestiqués, dedans comme dehors, premier de nos terrains de jeu. Du Lycée Voltaire au Métro Saint-Maur - sortie Saint-Maur, chaque centimètre d'ennui donnait couleur au bitume. Du Suprême groove enquillé en auto-reverse, de la Corio pour réinventer le mur, des heures de long en large. L'ennui, cette indécence. Tu savais que la vie n'attend pas.
Et puis, le "plus loin"... Du terrain de sport du Boulevard de Ménilmontant jusqu'à chez Tikaret, plus haut Stalingrad et son mur, derrière La Chapelle et sa zone, revenir sur nos pas, "Lachoum" par la rue des Amandiers, retour casa. Et puis, le "plus tard"... Dans la 305 Bordeaux du père de Mouloud, à dériver à l'aise, on dérivait. Paris et ses filles à rêver, partout - qu'est-ce qu'on rêvait ! Des convictions pour débattre, pas seulement, pour comprendre aussi. Et un match de foot qui se termine tard, boulevard de Strasbourg, l'occasion d'en rouler un petit dernier, allez !
Ouais, il y avait des cigarettes. Il y avait les vraies, et celles que l'on maquillait. "La substantifique moelle, comme aurait pu dire Rabelais !", aimais-tu répéter. Tu étais sans doute bien de ces Rabelaisiens modernes, Mahdi, gourmands de tout, gourmands de trop. Nos joints, comme autant d'ailleurs, parce que nous ne savions pas vraiment partir autrement. On aurait du s'arracher - se les arracher. On aurait du croire davantage en demain. Si j'avais su... Si j'avais su... C'est bien facile ! Je veux me l'arracher, cette cigarette. Parce que la vie ne peut laisser sans écho le départ d'un ami. Parce que la vie peut aussi avoir deux grands yeux immenses, superbes, avec cette petite espièglerie complice, le sourire dans le sourire, les grands yeux de tes deux filles. Là où toujours nous te reconnaitrons.
Nous étions nombreux, autour d'elles et de Corinne, pour te dire au revoir, Mahdi, notre ami. Pour qui une pensée, pour qui une prière, pour tous bien des larmes. Mais le souvenir de ton sourire a empêché nos cœurs de sombrer. Un sourire de Paname. Le tien. Un peu le mien aussi.
Au revoir Mahdi.
DK, Paris, le 12 novembre 2014
[Hors-Série] Propos situationniste VI
A propos de la sortie du nouveau téléphone de la marque Apple...
- "L'aliénation du spectateur au profit de l'objet contemplé (qui est le résultat de sa propre activité inconsciente) s'exprime ainsi : plus il contemple, moins il vit ; plus il accepte de se reconnaître dans les images dominantes du besoin, moins il comprend sa propre existence et son propre désir. L'extériorité du spectacle par rapport à l'homme agissant apparaît en ce que ses propres gestes ne sont plus à lui, mais à un autre qui les lui représentent. C'est pourquoi le spectateur ne se sent chez lui nulle part, car le spectacle est partout." -
- "L'aliénation du spectateur au profit de l'objet contemplé (qui est le résultat de sa propre activité inconsciente) s'exprime ainsi : plus il contemple, moins il vit ; plus il accepte de se reconnaître dans les images dominantes du besoin, moins il comprend sa propre existence et son propre désir. L'extériorité du spectacle par rapport à l'homme agissant apparaît en ce que ses propres gestes ne sont plus à lui, mais à un autre qui les lui représentent. C'est pourquoi le spectateur ne se sent chez lui nulle part, car le spectacle est partout." -
Guy-Ernest Debord, La société du spectacle, 1967.
La Triennale Montalbanaise - Edition 2014
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| Affiche - Frédéric Bons |
Les collages de Frédéric Bons provoquent - et en ce lieu. Les photos de Sabine Duran dérangent les assis. Les dessins de Gaelle B. interrogent jusqu'au surmoi. Les sculptures d'Yveric Migliara pour défier les perplexes. Les porcelaines de Perrine Ebermann apaisent les esprits. Quant à cette trace de Paris virant sur Paname, elle était signée, non ?
Outre une sélection de six photos, il me revenait d'organiser, pour la troisième fois, la mise en espace sonore du lieu (après 2008 et 2011) - nous avons sollicité, et détourné, l’œuvre radiophonique de l'Internationale Lettriste avec beaucoup de délectation. Et s'il s'agit sans doute de l'exercice le plus abouti, il n'est qu'un point d'appui vers le travail qui nous attend pour Montauban 2017. Nous vous donnons d'ores-et-déjà rendez-vous !
#OuvèzeToi
[Hors-Série] Propos Montaigne
- "Nous ne sentons aucune secousse quand la jeunesse meurt en nous, ce qui est, en essence comme en vérité, une mort plus dure que n'est la mort de la vieillesse" -
Michel de Montaigne in "A chacun sa propre mort", Ed. Libertaires, disponible à la Librairie du Monde Libertaire
Michel de Montaigne in "A chacun sa propre mort", Ed. Libertaires, disponible à la Librairie du Monde Libertaire
[Hors-Série] Propos Ferré
- "Dans le crépuscule jaloux de l´ordinateur fidèle, sous les mains
programmatrices du beau temps, quand les services météonucléaires auront
décidé qu´il fera beau demain, parce que demain le pouvoir mettra son
chapeau de travers, parce qu´il aura besoin de certaines assurances du
côté des amibes ou du côté des exhalaisons sud-américaines, ou du côté
de ses dépendances sexuelles ou financières – ce qui reviendra au même –
sous les mains programmatrices aussi du mauvais temps ou du temps gris,
ou du temps maussade – tout cela étant absolument prévisible et prévu
de toute éternité de bande perforée – alors, ce crépuscule prendra le
temps d´en faire à sa fantaisie et, d´accord avec le soleil, avec le
vent, avec les rafales ou le silence objectif arrivant des galaxies
perdues – pas pour tout le monde – et des galaxies présentes au bar de
l´insouciance ou de la déraison enfin venue comme de l´an dix mille...
Alors, ce crépuscule remangera l´admis et le conforme, et le comique
grandiose fera se remanger entre les millénaires de conneries morales et
abjectes, la moralité abjecte, bien entendu". -
Léo Ferré, L'Imaginaire (disponible à la Librairie du Monde Libertaire et sur la The Boutique)
Léo Ferré, L'Imaginaire (disponible à la Librairie du Monde Libertaire et sur la The Boutique)
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