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[Hors-Série] Propos situationniste VII

- "Une révolte contre le spectacle se situe au niveau de la totalité, parce que – quand bien même elle ne se produirait que dans le seul district de Watts – elle est une protestation de l’homme contre la vie inhumaine ; parce qu’elle commence au niveau du seul individu réel et parce que la communauté, dont l’individu révolté est séparé, est la vraie nature sociale de l’homme, la nature humaine : le dépassement positif du spectacle." -

Guy Debord, Le déclin et la chute de l’économie spectaculaire-marchande

#FergusonDecision
 

[Hors-Série] Propos situationniste VI

A propos de la sortie du nouveau téléphone de la marque Apple...

- "L'aliénation du spectateur au profit de l'objet contemplé (qui est le résultat de sa propre activité inconsciente) s'exprime ainsi : plus il contemple, moins il vit ; plus il accepte de se reconnaître dans les images dominantes du besoin, moins il comprend sa propre existence et son propre désir. L'extériorité du spectacle par rapport à l'homme agissant apparaît en ce que ses propres gestes ne sont plus à lui, mais à un autre qui les lui représentent. C'est pourquoi le spectateur ne se sent chez lui nulle part, car le spectacle est partout." -

Guy-Ernest Debord, La société du spectacle, 1967.
 
Ici, un aliéné sort de magasin officiel de la marque sus-nommée avec l'objet tant convoité. Il est félicité et raccompagné par un employé de la marque, pendant que deux autres l'attendent dehors pour l'applaudir (Photo : TousDroitsDansTaGueule)

[Hors-Série] Propos Ferré

- "Dans le crépuscule jaloux de l´ordinateur fidèle, sous les mains programmatrices du beau temps, quand les services météonucléaires auront décidé qu´il fera beau demain, parce que demain le pouvoir mettra son chapeau de travers, parce qu´il aura besoin de certaines assurances du côté des amibes ou du côté des exhalaisons sud-américaines, ou du côté de ses dépendances sexuelles ou financières – ce qui reviendra au même – sous les mains programmatrices aussi du mauvais temps ou du temps gris, ou du temps maussade – tout cela étant absolument prévisible et prévu de toute éternité de bande perforée – alors, ce crépuscule prendra le temps d´en faire à sa fantaisie et, d´accord avec le soleil, avec le vent, avec les rafales ou le silence objectif arrivant des galaxies perdues – pas pour tout le monde – et des galaxies présentes au bar de l´insouciance ou de la déraison enfin venue comme de l´an dix mille... Alors, ce crépuscule remangera l´admis et le conforme, et le comique grandiose fera se remanger entre les millénaires de conneries morales et abjectes, la moralité abjecte, bien entendu". -

Léo Ferré, L'Imaginaire (disponible à la Librairie du Monde Libertaire et sur la The Boutique)

[Hors-Série] Propos situationniste V

- "Le spectacle est l'autre face de l'argent : l'équivalent général abstrait de toutes les marchandises. Mais si l'argent a dominé la société en tant que représentation de l'équivalence centrale, c'est-à-dire du caractère échangeable des biens multiples dont l'usage restait incomparable, le spectacle est son complément moderne développé où la totalité du monde marchand apparaît en bloc, comme une équivalence générale à ce que l'ensemble de la société peut être et faire. Le spectacle est l'argent que l'on regarde seulement, car en lui déjà, c'est la totalité de l'usage qui s'est échangée contre la totalité de la représentation abstraite. Le spectacle n'est pas seulement le serviteur du pseudo-usage, il est déjà en lui-même le pseudo-usage de la vie." -

Guy-Ernest Debord, La société du spectacle, 1967.

[Hors-Série] Propos situationniste IV

- "Comme autre côté de la déficience de la vie historique générale, la vie individuelle n'a pas encore d'histoire. Les pseudo-événements, qui se pressent dans la dramatisation spectaculaire, n'ont pas été vécus par ceux qui en sont informés. Et de plus, ils se perdent dans l'inflation de leur remplacement précipité, à chaque pulsion de la machinerie spectaculaire. D'autre part, ce qui a été réellement vécu est sans relation avec le temps irréversible officiel de la société, et en opposition directe au rythme pseudo-cyclique du sous-produit consommable de ce temps. Ce vécu individuel de la vie quotidienne séparée reste sans langage, sans concept, sans accès critique à son propre passé qui n'est consigné nulle part. Il ne se communique pas. Il est incompris et oublié, au profit de la fausse mémoire spectaculaire du non- mémorable." -

Guy-Ernest Debord, La société du spectacle, 1967.

[Hors-Série] Propos situationnistes III

- "Là où le monde réel se change en simples images, les simples images deviennent des êtres réels, et les motivations efficientes d'un comportement hypnotique. A mesure que la nécessité se trouve socialement rêvée, le rêve devient nécessaire. Le spectacle est le mauvais rêve de la société moderne enchainée, qui n'exprime finalement que son désir de dormir. Le spectacle est le gardien de ce sommeil." -

Guy-Ernest Debord, La société du spectacle, 1967.

[Hors-Série] Propos situationnistes II

- "Une action révolutionnaire dans la culture ne saurait avoir pour but de traduire ou d'expliquer la vie, mais de l'élargir. Il faut faire reculer partout le malheur. La Révolution n'est pas toute dans la question de savoir à quel niveau de production parvient l'industrie lourde, et qui en sera maître. Avec l'exploitation de l'Homme doivent mourir les passions, les compensations et les habitudes qui en étaient les produits. Il faut définir de nouveaux désirs, en rapport avec les possibilités d'aujourd'hui. Il faut déjà, au plus fort de la lutte entre la société actuelle et les forces qui vont la détruire, trouver les premiers éléments d'une construction supérieure du milieu, et de nouvelles conditions de comportement. Ceci à titre d'expérience, comme de propagande. Tout le reste appartient au passé, et le sert." -

Guy-Ernest Debord, Rapport sur la construction des situations et sur les conditions de l'organisation et de l'action de la tendance situationniste internationale, 1967.

[Hors-Série] Propos situationnistes I

- "Notre action sur le comportement, en liaison avec les autres aspects souhaitables d'une Révolution dans les mœurs, peut se définir sommairement par l'invention de jeux d'une essence nouvelle. Le but le plus général doit être d'élargir la part non médiocre de la vie, d'en diminuer, autant qu'il est possible, les moments nuls. On peut donc en parler comme d'une entreprise d'augmentation quantitative de la vie humaine, plus sérieuse que les procédés biologiques étudiés actuellement. Par là même, elle implique une augmentation qualitative dont les développements sont imprévisibles." -

Guy-Ernest Debord, Rapport sur la construction des situations et sur les conditions de l'organisation et de l'action de la tendance situationniste internationale, 1957.