03/04/2016

Nuit Noire - / Bonngasse 20 - Note 1

"Partition de la 4ème Symphonie, 6 florins 40, Lieder écossais, 1 florin, Gloria de la Messe, 3 florins, 5ème Symphonie, 6 florins, andante de la Pastorale, 2 florins 53, un fragment d'Egmont, 50 kreutzer... Tel est le bilan de la deuxième vente aux enchères publiques qui eut lieu au dernier domicile de Beethoven, le 5 novembre 1827. Cette sorte de gloire posthume se passe de commentaire.

[Coriolan Ouverture Beethoven]

Beethoven, c'est la bonne conscience de la musique et c'est aussi la bête noire des musiciens contemporains. L'illustre confrère leur prend encore toutes les places dans les concerts symphoniques. Beethoven, mot magique. En perdant ses oreilles, tout au long d'un martyre dont il fut le seul à mesurer vraiment la tragique injustice, il a gagné celles de millions d'êtres qui pensent à leur tour la musique qu'il n'a jamais entendue. Pour employer un mot abominable mais à la mode, Beethoven est un best-seller que se repassent, avec un égal bonheur, les administrateurs de concerts, les chefs d'orchestre, et les firmes d'enregistrements phonographiques. La 5ème Symphonie - est devenue Leur 5ème - et le cadavre illuminé de Vienne leur sont montés à la tête en tapant les coups fameux du destin, repris naguère à leur compte par les entrepreneurs professionnels du bien public et de la Liberté.

[5ème Symphonie Beethoven]

Beethoven déçoit l'analyse et indispose la critique. On petit tout dire et tout penser. Rien ne résiste à l'enchantement. L'outrecuidance est à la mode certes, et Monsieur Stravinsky sait prendre ses responsabilités quand il dénie le don mélodique au maitre de Bonn. Voir page 63 de son livre intitulé Poétique musicale : "(...) au moment où Beethoven léguait (...) et dont la mélodie est assurément la moindre"

Qu'importe ces jugements ex cathedra puisqu'ils n'ont même pas le bon goût d'une boutade. L'ombre gigantesque de Beethoven qui assombrit les pages de musique contemporaine est à la mesure de son soleil, et c'est un phénomène contre lequel il est difficile de lutter."

Léo Ferré, Emission Musique Byzantine sur Paris-Inter, octobre 1953 - juillet 1954