05/01/2014

[Hors-Série] Courant d'hiver

Elle a des allures de mirage. Elle est pourtant bien là. Elle est. Jamais ne le niera. Elle voudrait que cela ne soit que peu dit. Elle est là, entière. Elle s'étire, s'allonge encore. D'interminables bras de dentelle qu'elle ne referme pas. A leur bout, de maigres doigts glacés par la bise - tant d'hivers. D'un souffle, elle les entremêle parfois. L'air de ne pas y toucher, elle pourrait chatouiller le ciel. Et si une étoile en quête de néant absolu pouvait lui concéder un brin de tendresse, elle rougirait sûrement. Elle ne parle pas, c'est à peine si elle crisse pour rappeler sa présence, pour rappeler une absence. Elle est là, silencieuse. Quelques ombres lui tiennent compagnie.

Elle m'appelle, elle m'invite, elle me charme, elle me prend, elle me tire, elle me griffe, elle me tord, elle me tend, elle me mesure, elle me toise, elle me saisit, elle m'enserre, elle me jette, elle me reprend, elle m'égratigne, elle m'emprisonne, elle me bâillonne, elle m'interdit, elle me soumet, elle m'étouffe, elle me gifle, elle me fend, elle m'offense, elle m’irradie, elle m'achète, elle me vend, elle me rachète, elle m'entame, elle m'étourdit, elle m'enflamme, elle m'ébrèche, elle m'oblige, elle me fige, elle m'enivre, elle m'enlace, elle m'isole, elle me noie, elle m'entoure, elle me voit, elle m'emmène, elle me porte, elle me sourit, elle me transporte, elle me transpire, elle m'exhorte, elle me ramène, elle me libère, elle me rhabille, elle me rend.

Elle... 

Elle ?

Et moi, à tenter de comprendre.

Elle n'avait pas prévu cette nuit, ni même ce regard - moi non plus.
Elle ne pensait plus à ce chemin-là - moi non plus.
Elle ne pensait plus à grand-chose - moi non plus.
Elle rentrait chez elle - moi aussi.
Elle n'a pas le temps - un instant suffit.
Elle ne ferait que passer - je ne croyais qu'en toujours.
Elle se tait - je ne dis rien.
Elle a faim - moi aussi.
Il fait froid - moi aussi.
Elle a toujours ce sourire - je ne sais plus.
Elle me regarde - j'ai toujours su.
Elle court vers ce métro - je la suis.
La première bouche venue - moi je ne veux que la sienne.
Il tard - je suis nu.
Elle est nue - l'heure s'égare.
Deux regards - immobiles.
Deux regard - puis un seul.

Très peu avait suffi à faire un tout. Un tout que rien ne saurait défaire.