07/06/2016

(A - Le) Propos de cette Nuit

Amis et amies de la Nuit Noire,

Précipitation ? Nonchalance ? Préoccupations ? Un peu de tout ça, allez. Bien désolé d'avoir dû annuler au dernier moment l'émission de ce soir. Être certain de rejoindre les studios libertaires avec, en sac, ce qu'il faut pour vous proposer une Nuit Noire haute en couleurs ne signifie pas forcément rejoindre les studios libertaires avec, en sac, ce qu'il faut pour vous proposer une Nuit Noire haute en couleurs.

De quoi allait-il être question ? De hip-hop ! Du old school ! Du Wu-Tang toute la Nuit ! Que ceux et celles qui n'attendaient que ça remisent leur impatience le temps d'une semaine - de quoi la laisser grandir un peu plus encore. Le gros mix Wu n'attend que vous (Wu) lundi prochain, MiNuit 30 !

De quoi allait-il être question ? Dire et redire notre soutien à ceux et celles qui luttent actuellement, et tout particulièrement aux grévistes contre la Loi Travail. Oui, ils et elles ont raison de se faire entendre, d'agir, pendant ces moments décrétés par la communauté organisationnelle comme cruciaux. Le droit de faire grève, oui, même quand il a beaucoup plu ! Le droit de vivre et de se battre, oui, même quand la grande quinzaine commerciale s'appelle football ! Le droit de s'opposer à cet autre animalcule (au sens donné par Antonin Arthaud) qui s'impose à tout sur son passage, le Capital...

Et c'est en tant qu'ancien militant de la CGT que je voulais avoir une pensée particulière pour ceux et celles de mon ancien syndicat qui, venant de voter la reconduction de leur mouvement, d'enchainer une énième nuit de piquet, de laisser passer un autre jour de paie, de subir pressions familiales, professionnelles, sociales (médias, proximités non-choisies), parce que grévistes, et déterminé-e-s à mener leur combat jusqu'au bout, ont pu entendre, lundi soir dernier, monsieur Philippe Martinez, leur secrétaire général, venu sur un plateau d'une station de radio capitaliste (quelle drôle d'idée ! - mais après tout...) pour débattre avec Laurent Berger (quelle autre drôle d'idée ! - pas d'après tout), et (outre être conforme à l'idée que l'on se fait d'un leader syndical sur ce genre de station) déclarer qu'il ne met plus de condition à la reprise du dialogue avec le gouvernement. En clair, qu'il n'exige plus le retrait de la Loi Travail.

A ceux et celles qui se battent, c'est à la "lumière" de ce genre de déclarations que se mesure le mérite que vous avez à vous battre. Voilà les directions syndicales, honte à elles ! Pendant que les bases s'échinent dans un but précis, en l'espèce le retrait de la Loi Travail (un mouvement d'une telle ampleur ne peut avoir pour but le simple amendement d'une loi mais bien de nous en débarrasser), c'est en bons partisans du "dialogue social" que se présentent aux médias (et derrière, aux ménagères un peu ronchon "à cause que la grève") ces directions pour expliquer qu'elles sont prêtes à travailler sur finalement autre chose que ce que demandent leurs bases - et jamais vous ne sentirez ni la honte ni quelque souci de cohérence venir troubler leurs voix ! Qui sait, s'il n'y avait pas eu les occupations des raffineries ou des centrales, ce Martinez serait peut-être en train d'applaudir devant tant d'audace gouvernementale...

Maudites soient verticalité et représentation !

Cette déclaration de Philippe Martinez pourrait être considérée comme malheureuse. Or elle illustre bien le rôle que les directions syndicales entendent jouer de nos jours : les auxiliaires d'un pouvoir économique qui annihile tout autour de lui, le Capital ; les interlocuteurs d'un Etat toujours plus dédié à son rôle de maintien de l'ordre et des peurs, répressif par essence ; les partenaires sociaux de la grande normalité marchande ; en gros incarner au mieux - jouer juste - ce que le pouvoir lui laisse de petit coin de pouvoir.

Si elle ne sont plus plus là pour incarner la colère, mais pour la contenir, c'est de ces directions syndicales et de leurs organisations verticales qu'il faut aussi se débarrasser. Et faire en sorte que l'organisation ne soit plus une affaire d'organisations. Oui, c'est aussi à cette réflexion que le propos était consacré ce soir.


Je voulais aussi dire un mot en mémoire de Clément Méric.

Et puis les rappels de base : la carte d'auditeur - carte d'auditrice, la souscription, et que Radio Libertaire a aussi plein de soutiens qui n'ont pas les moyens de ce type de soutien ; annoncer une exposition consacrée au 1er mai à Publico, la librairie du Monde Libertaire ; annoncer les prochains sujets évoqués à la bibliothèque anarchiste La Discordia ; rappeler que vous retrouvez Y A De La Fumée Dans Le Poste dimanche prochain, que la fumée sera dense ; les "big up" ; donner l'heure à 38... Bref, de la Night !

On parlera d'autre chose la semaine prochaine.

Prenez soin de vous, prenez soin d'elle,
Davou