14/10/2006

Carnet de nuit

Quand tu sors et que vient le monde, tu es le monde si tu veux. Quand tu sors et que tu t'imagines dans la marge, tu es la marge si tu veux. Quand tes pieds battent le goudron humide le long du jour factice d'un réverbère, tu es l'ordre ou le désordre, puisqu'ils se valent, puisqu'ils s'annulent, si tu veux. Quand le silence a enfin recouvert ce monde qui étouffe, que le vide a gagné les rues et que le temps pourrait alors ne plus passer, tu es le silence, les rues et le temps, si tu veux.

Dans la nuit

Les gens qui travaillent la nuit ne connaissent pas le travail. Les voleurs qui volent la nuit ne connaissent pas la loi. Les artistes qui travaillent la nuit ne connaissent pas l'Académie. Les dragueurs qui draguent la nuit ne connaissent pas le remord. Les menteurs qui mentent la nuit le connaissent pas la télévision. Et les militants de la nuit ne connaissent pas le pouvoir.

- Et les filles qui tapinent la nuit, elles ne connaissent pas la morale?
- Non, elles ne connaissent pas le plaisir, comme celles du jour.
- Et la morale qui n'a rien à voir avec la nuit?
- Eh bien?.. Que fait-elle du jour, celle que vous appelez la morale?

La morale nuit

Qui est-elle la morale, la fille de l'église? assise sur les genoux d'un curé en Normandie ou à
Boston. Est-elle née de la République? dans les bras du premier escroc venu, à Levallois ou à Bordeaux, et tous les cinq ans à jouer une petite partie de ping-pong avec le fascisme. Est-elle la fille du travail? qui bat le rythme de la vie bien plus vite que la guerre. Au moins que... Oui, bien sur! La morale fait la guerre, puisque la guerre est le nerf de la religion, qui est elle-même le nerf de la connerie universelle.

La voila donc, votre morale, celle que vous prêtez à vos intentions et à vos actes? C'est donc elle que vous incantez pour nous pointer d'un doigt qui, avec ce que vous nous en avez dit, pourrait nous salir s'il venait à nous toucher? C'est donc ça, la morale?

Nous n'en voulons pas, parce qu'elle est abjecte.

L'amorale nuit

Nous ne la voyons même pas. Parce que la nuit, les nyctalopes ont les yeux grands ouverts sur le monde, sur la marge, sur le silence, sur l'amour aussi. Parce que l'amour n'a jamais vu la morale s'oublier, même le temps d'un rêve, pour que deux corps puissent s'emmêler au point de se confondre, sans la loi, sans le genre, sans fard et sans barda.

Parce qu'au fond de nos solitudes, vos repères sociaux sont devenus de vagues souvenirs, sorte d'expressions vieille France un peu désuètes, une old fashion theory.

Seul. Seule. Même à deux, il n'y a plus de couple.