28/10/2014

[Hors-Série] Note après la mort de Rémi Fraisse

Nous sommes nombreux et nombreuses à avoir été bouleversés par la mort de Rémi Fraisse, mort survenue lors d'une manifestation contre le barrage de Sivens dans la ZAD du Testet, mort survenue au cours d'un assaut lancé par la gendarmerie mobile présente sur le site pour le protéger, avant tout pour museler l'opposition à ce projet inutile, coûteux, néfaste. Deux jours après cet homicide, beaucoup de choses restent incertaines sur les circonstances de ce décès. Et comme de bien entendu, les pouvoirs publics peinent à agir pour que la lumière soit pleinement faite. Quelques réalités émergent cependant.

La première est que Rémi Fraisse avait 21 ans. Il était un jeune homme, un militant, un individu mobilisé par ses convictions. Nous ne parlerons pas davantage de lui, car nous ne le connaissions pas.

Il y a ensuite le contexte. Au Testet comme à Notre-Dame Des Landes, et partout ailleurs, là où pousse la mobilisation se renforce la répression. Unités policières surarmées, effectifs disproportionnés, méthodes rugueuses. De plus en plus, elles sont le reflet de ce mépris que les pouvoirs expriment. La brutalité avec laquelle se déroulent les charges policières est de plus en plus palpable. Sur les ZAD (Testet, NDDL), nombreux ont été les témoignages évoquant des blessures provoquées par des engins incendiaires lancés par les forces de l'ordre. Les habitués et habituées des cortèges libertaires pourront dire combien les encadrements policiers se sont renforcés. Et n'importe quel manifestant ou manifestante de cortèges les plus traditionnels pourra remarquer que ce sont dorénavant les unités anti-émeute qui sont envoyées "par défaut".

La mort de Rémi est dramatique. Elle n'est malheureusement plus si surprenante. Fallait-il déployer un tel arsenal militaire pour contenir les occupants et occupantes de la zone du Testet ? La militarisation des forces de l'ordre, l'intransigeance des pouvoirs publics, incapables au dialogue, prompts à la répression, sont autant de réalités responsables aussi - et peut-être avant tout autre - de la mort de Rémi Fraisse. Au contraire de nombreuses voix qui se sont élevées dans le camp citoyenniste, ne soyons pas dupes. A mesure que s'exacerbera la répression se réduira le caractère "évitable" de ce genre de bavure. Rémi aujourd'hui... Et à qui le tour ?

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Ironie morbide, c'est lundi, alors que la colère était encore très vive, qu'était rendue l'expertise menée par les Ponts, Eaux et Forêts. Nous devrions parler plutôt d'une contre-expertise, puisque c'est bien suite à la mobilisation de Rémi et de ses compagnons et compagnes de lutte, que l’État, par l'intermédiaire de la Préfecture du Tarn, a bien voulu se pencher avec sérieux sur la question. Avec sérieux, c'est-à-dire d'aller voir au-delà de ce qu'avait statué l'expertise du Conseil Général. Et, de toute évidence, raison a été donnée aux occupants et occupantes de la ZAD du Testet, mobilisé-e-s depuis octobre 2013.

Le rapport est sans détour. Ce barrage est inutile, et la décision de sa construction a été prise sur une base délibérément faussée. Surestimation des besoins, surévaluation du nombre de bénéficiaires (80 annoncés par le CG du Tarn, 40 en réalité), non, la forêt de Sivens et les campagnes du Tarn n'avaient pas besoin d'un barrage. Et qu'en est-il alors de tous ces autres projets au sujet desquels une contre-expertise ne s'est pas encore penchée, autour desquels la mobilisation n'a pas encore porté ses fruits ? Une étude objective permettrait probablement d'y trouver aussi d'y trouver falsifications et surévaluations - quand une étude subjective évoquerait bien les bénéfices de Monsieur Bouygues, de Monsieur Eiffage, ou qui d'autre...

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Ironie morbide (bis). Le 27 octobre 2014, il s'appelait Rémi Fraisse, il avait 21 ans. Le 27 octobre 2005, ils s'appelaient Zyed Benna et Bouna Traoré, ils avaient 17 et 15 ans. Ils ont trouvé la mort dans un local électrique de Clichy-sous-Bois, après avoir été poursuivi par la police. Le journal capitaliste Le Monde proposait la lecture d'un article de l'époque signé par Ariane Chemin. Il est à lire ici.

C'était en 2005. Et l'an prochain, en 2015, du 16 au 20 mars, deux policiers seront jugés pour non-assistance à personne en danger. 

Dix ans plus tard.


DK pour le Collectif Nuit Noire, Paris, le 28 octobre 2014